Interview

À la découverte de Darius

Le 

Pourrais-tu te présenter ? Darius par Darius…
Je m’appelle Darius Johnson-Odom. Je suis un joueur professionnel de basket au Mans Sarthe Basket. Je suis originaire de Raleigh, en Caroline du Nord, aux États-Unis.

J’ai 32 ans et une fille de 7 ans. Je reviens à la compétition après une grosse blessure que j’ai eue l’année dernière en mars quand je jouais à Orléans. Cela fait 10 mois que cela s’est produit et c’est pourquoi je suis ravi de pouvoir à nouveau jouer ici.

Tu as un prénom original et très ancien. Tu sais d’où il vient ?
Oui, du grand roi perse Darius Ier, le conquérant. Mon compte Instagram est @kingmedj_1 en référence justement au côté royal du prénom Darius. Je m’intéresse beaucoup à son histoire, et à celle de la Perse, même si je suis loin d’être un spécialiste dans ce domaine.

Comme tu l’as dit avant, tu as été gravement blessé l’année dernière. Peux-tu nous parler de ta rééducation ?
C’était une grosse blessure, pas de celles dont on se remet facilement et rapidement. La première chose, ça a été d’avoir un état d’esprit aligné avec la gestion de celle-ci. Cela peut arriver à n’importe quel joueur et il faut y être prêt, car quand cela arrive tu as l’impression que tout s’écroule. La première chose a donc été de me dire que je ferai tout pour revenir et jouer à nouveau au basket, parce que c’est ma passion. C’est facile à dire comme ça, mais quand on te dit que la rééducation prendra des mois, c’est dur. Il faut d’abord se mettre mentalement en condition pour se dire que ça va être long et qu’il faut l’accepter. Ensuite, j’ai essayé de rester positif tout le temps. Je me suis focalisé sur chaque journée indépendamment, de donner le maximum pour revenir jour après jour. Quand tu es physiquement détruit, que tu dois commencer par réapprendre à marcher, si tu penses à ce que tu dois faire la semaine prochaine, le mois prochain, tu n’y arriveras pas. Il faut y aller en te fixant un objectif chaque jour, à te féliciter de chaque petit progrès.  C’est vraiment le plus dur. Au tout début, ça va, mais très vite tu te dis : qu’est-ce que c’est dur de réussir à nouveau à marcher, puis à courir… si tu te mets à y penser, tu as l’impression que tu n’y arriveras jamais, que tu ne retourneras jamais sur un terrain, que tu ne pourras plus jamais jouer. J’avais des capacités athlétiques qui me permettent de faire la différence, sans elles… Il ne faut pas y penser pendant la rééducation. Il faut se focaliser sur le jour présent, le progrès se fait étape par étape et on finit par y arriver.


J 11 LE MANS vs CHÂLONS REIMS Dominique Breugnot 05Photo © Dominique Breugnot / MSB

Tu dirais que tu as complètement retrouvé ton niveau ou pas encore totalement ?  
Je pense que je suis physiquement revenu à 100%, même si je dois encore faire du travail spécifique supplémentaire pour continuer à renforcer musculairement mon genou. J’ai dû faire évoluer un peu mon jeu aussi, je ne cours plus de la même manière, je ne prends plus des rebonds de la même manière, mais c’est juste de l’adaptation. Ce qui me manque encore un peu, c’est le rythme et le sens du jeu. J’ai été presque 10 mois sans jouer, reprendre le rythme de la compétition ne se fait pas en claquant des doigts. Mais je suis sur la bonne voie, les sensations reviennent vite, je le sens à chaque match où je me sens de mieux en mieux.

Pourquoi avoir choisi de signer au Mans ?
J’avais entendu de très bonnes choses sur le club avant. Je savais que c’était un bon club et que l’équipe construite était très bonne. Je savais aussi que je n’aurais pas autant de responsabilités qu’à Orléans ce qui était très bien compte tenu du fait que je revenais de blessure et que je ne pouvais pas assumer le même rôle. Enfin, je pense que l’équipe a les moyens de faire de grandes choses dans le championnat cette année, rejoindre une telle équipe est donc une décision encore plus facile.

Et quelles sont tes impressions sur l’équipe maintenant que tu as joué plusieurs matchs avec elle ?
Je trouve que l’équipe est vraiment très bonne. Nous avons plein de joueurs qui comprennent bien le jeu. Il y a aussi un bon mélange entre joueurs expérimentés et jeunes joueurs bourrés de talent. C’est vraiment une chance dans une équipe d’avoir autant de talents, cela donne de nombreuses possibilités sur lesquelles s’appuyer pour gagner. Je pense que le groupe est encore jeune et a une grosse marge de progression. Il faut que l’on travaille là-dessus pour tirer le maximum de cette équipe et voir jusqu’où cela peut nous emmener.

Et sur ton coach, Elric ?
Il a un énorme QI basket. C’est seulement sa deuxième année pleine en tant que coach ici, et il est déjà très mature sur son poste. J’ai discuté avec Terry et Williams qui le connaissent bien, et eux aussi sont impressionnés par sa capacité à assumer ce poste. Chaque coach est différent et doit s’adapter à ses joueurs, de même que les joueurs doivent s’adapter au coach, et il y arrive avec facilité. Je pense que c’est un futur très grand coach, il a vraiment tout pour le devenir : l’état d’esprit, la connaissance du jeu, et la compréhension rapide des forces et faiblesses des joueurs. Il a vraiment tout pour réussir comme coach.

Tu jouais arrière à Orléans mais ici tu joues plus meneur, et parfois à nouveau arrière. Tu as une préférence pour un des deux postes ?
En fait, je pense qu’en Europe il n’y a pas vraiment de différence entre les deux postes maintenant. Si tu regardes les matchs dans tous les championnats le meneur et l’arrière font globalement la même chose. L’année dernière à Orléans je jouais aussi meneur, parce que je créais du jeu et je remontais aussi parfois le ballon. Je faisais près de 5 passes par match et Paris (Lee, le meneur titulaire) en faisait 7,8… L’écart n’est pas si important, on organisait le jeu à deux. Franchement les postes sont similaires, parce que tout part des situations de pick’n roll. Si tu comprends comment jouer les situations, quand prendre le tir est le meilleur choix, quand il faut faire la passe…, le reste ne dépend pas de ton poste. Plus jeune, je ne pensais qu’à prendre le tir sur ces situations, je ne pensais même pas à faire une passe. Maintenant, j’ai mûri dans mon jeu et je sais mieux lire et exploiter les situations, c’est pourquoi je peux jouer sur les deux postes, pour moi il n’y a pas de différence. Ce qui m’importe le plus c’est de pouvoir apporter à l’équipe en étant sur le terrain pour la faire gagner.

Meilleur souvenir sportif ?
Oh, c’est une question difficile… Je dirais ma première année en Europe quand j’ai découvert l’EuroCup avec Cantù. Ça va paraître dingue, mais quand j’ai débarqué là-bas je ne savais absolument rien des pays et des équipes contre lesquels j’allais jouer, et encore moins du niveau du championnat. Je me souviens qu’on a rencontré Limoges, l’ASVEL et Dijon. On s’est qualifié pour le Top 16 et j’ai été nommé MVP d’une journée d’Eurocup, mais je ne savais même pas ce que ça signifiait en termes de niveau ! Je me doutais que Top 16 ça devait être bien, parce qu’à l’université on avait fait plusieurs Top 16 et que c‘était déjà une performance. Je n’ai pris conscience du niveau qu’en cours de saison, et me rendre compte que j’étais capable d’être le leader d’une équipe qui était une des meilleures d’Europe, cela m’a fait un bien fou. Je pense que c’est pour ça que je dirais que c’est mon meilleur souvenir sportif pour le moment.

Comment occupes-tu tes journées quand tu ne joues pas au basket ?
Je regarde du basket ! Ça va paraître incroyable, mais je pense que je suis l’un des joueurs qui connaît le mieux les joueurs des autres championnats européens. Je regarde tous les matchs de tous les championnats, italiens, espagnols, russes… et les championnats comme l’Euroleague et l’Eurocup. Je regarde pour étudier les joueurs, leur jeu, leurs qualités et leurs défauts. Je regarde aussi pour analyser le jeu que pratiquent certains coachs, j’en discute même souvent avec Elric. Il m’arrive aussi de regarder des matchs d’amis pour les conseiller après sur leur jeu, sur ce qu’ils devraient travailler. En fait, je suis un mordu de basket à tel point que cela peut devenir exaspérant pour les autres, je dois faire attention à ça ! (rires) Sinon, quand j’arrive à décrocher du basket, je m’amuse avec mon chien et je passe aussi beaucoup de temps à parler avec ma fille.


DBC MSB CHALONSREIMS111221 68Photo © Dominique Breugnot / MSB

Puisque tu regardes beaucoup de matchs, est-ce qu’il y a des joueurs avec qui tu n’as jamais joué et avec qui tu le voudrais ?
Oh, il y en a beaucoup… certains contre qui j’ai déjà joué d’ailleurs. JaCorey Williams de Bourg, à cause de l’intensité et de la dureté qu’il met dans son jeu. Levi Randoplh qui est un ami proche avec qui je m’entraîne souvent, mais on n’a jamais joué ensemble. Henry Sims qui joue à Trévise. Brandon Jefferson et aussi j’ajouterais quelqu’un qui joue aussi à Pau et avec qui j’ai déjà joué mais avec qui je jouerais à nouveau volontiers : Giovan Oniangue. C’est une petite liste, pace qu’il y a encore plein d’autres joueurs que je pourrais citer avec qui je voudrais jouer.

Est-ce que tu aimes cuisiner ?
Oui, enfin j’essaye… mais souvent je suis trop fatigué après l’entraînement et la seule chose que je suis capable de faire ce sont des œufs. Ce n’est pas tant de faire la cuisine qui me pèse, mais le fait de devoir nettoyer les plats après… je crois vraiment qu’il faut que je fasse des efforts là-dessus parce que c’est vrai qu’en ce moment je mange principalement des œufs ! (rires)

Et si tu n’as pas à le faire, quel est ton plat préféré ?
J’aime beaucoup le poulet. J’aime bien une salade César toute simple ou un plat de riz avec du poulet… Oh oui, je sais ! J’ai mangé dernièrement un Butter Chicken dans un restaurant indien "Le Bombay" et c’était un pur délice, j’en profite pour leur faire de la pub !

Quelle est ta principale qualité ?
Sur le terrain, mon intensité et mon esprit de compétition. En dehors du terrain, je dirais que j’ai un grand cœur, je suis le type de personne qui a toujours du mal à dire non. Je suis toujours prêt à donner un coup de main. Je pense que c’est une grande qualité, mais aussi que cela peut-être un défaut car certaines personnes peuvent en abuser, ça m’est déjà arrivé d’ailleurs. Mais c’est plus fort que moi, je ne peux pas imaginer dire non à quelqu’un qui me demande son aide. Je n’ai jamais refusé de donner de l’argent à un sans-abris. De même, si je vois une personne âgée qui a du mal à se déplacer il faut que je l’aide. J’ai une grand-mère de 93 ans qui est encore en vie, à chaque fois je pense à elle dans ce cas-là, à me dire que j’aimerais que quelqu’un soit là pour l’aider si elle a besoin, donc le minimum que je peux faire c’est d’aider quand je le peux.

Et ton plus gros défaut ?
Je crois que je l’ai déjà dit : trop gentil, incapable de dire non. Ça m’a déjà fait des problèmes, des personnes ont déjà abusé de ma gentillesse… mais je ne me vois pas laisser tomber quelqu’un qui a besoin de moi.

Si tu pouvais changer quelque chose chez toi ?
Avoir eu plus tôt la compréhension que le sport professionnel n’est pas qu’une question de qualité athlétique ou technique, mais aussi un business. Dans mon année rookie, je pensais qu’il suffisait de s’entraîner dur et de tout donner pour avoir du temps de jeu. Mais en fait non, ça ne suffit pas, il faut aussi comprendre tout ce qu’il y a à côté… qu’en tant que rookie tu dois faire plus que ça, parce que les joueurs plus expérimentés ont une longueur d’avance. Je me suis frustré de ne pas avoir de temps de jeu, alors que c’est une forme d’apprentissage. Si le Darius de maintenant avait pu expliquer ça au Darius de l’époque…

Ton film préféré ou un genre de film préféré ?
Un film préféré, non, parce qu’il y a tellement de films que j’aime beaucoup. Mon genre préféré ce sont les films à suspense, les thrillers, ou les films d’horreur. Il y a un nouveau volet de Scream au cinéma en ce moment, c’est typiquement le genre de film que j’aime bien. Sinon j’aime aussi beaucoup les documentaires, surtout ceux sur la deuxième guerre mondiale. Quand j’ai signé ici je n’avais pas réalisé que l’on était si près des plages de la Normandie. J’aime bien m’intéresser à l’histoire des endroits lorsque je joue quelque part, je pense que c’est important de savoir ce qui s’est passé avant. Aux États-Unis, on étudie très peu l’histoire de l’Europe, même la deuxième guerre mondiale. C’est en venant en Europe que j’ai réalisé à quel point cela avait été un évènement important dans l’histoire de l’humanité.

Si tu pouvais avoir un superpouvoir, ce serait quoi ?
Mon super-héros préféré c’est Hulk, mais le superpouvoir que je voudrais avoir c’est l’invisibilité. Si je devais être un super-héros, je ne voudrais pas que l’on puisse me reconnaître, donc être invisible c’est ce qu’il y a de mieux pour cela. J’aime bien aussi le fait de pouvoir être anonyme dans une foule.


DBC MSB CHALONSREIMS111221 303Photo © Dominique Breugnot / MSB

Si tu étais un animal, ou quel est ton animal préféré ?
Je suis sûr que tout le monde te répond un lion, alors je vais dire autre chose. Je dirais une girafe, parce que c’est le plus grand des animaux de la savane et qu’avec mon long cou je pourrais voir loin et partout.

Si tu pouvais discuter avec qui tu voulais, vivant ou mort, qui choisirais-tu ?
Probablement Bill Gates. Je voudrais lui demander d’où lui est venu l’idée, son inspiration pour créer une technologie qui a révolutionné le monde. Comment il fait pour rester toujours en avance, voir vers quoi le monde va aller, anticiper les évolutions à venir.

Est-ce que tu sais dire quelque chose en français ?
Non, j’essaye mais c’est compliqué. Je peux dire juste quelques mots comme « Bonjour », « Ça va ? » ou « De rien », mais à part ça… en fait les gens parlent trop vite pour moi. En plus la prononciation est très différente de l’anglais. En revanche, je parle italien. J’ai appris beaucoup plus facilement, ça ressemble à l’espagnol, je trouve.

Une équipe de basket préférée, et tu ne peux pas dire Le Mans ?
Je n’ai pas d’équipe préférée. En Europe je n’ai pas d’attache spéciale pour en avoir une et la NBA… je trouve que ce n’est pas vraiment une compétition, et l’aspect tactique est faible. Il y a des athlètes exceptionnels en NBA, mais ce n’est pas vraiment de que j’ai envie de voir quand je regarde du basket.

Est-ce que tu as un message pour les fans du MSB ?
Déjà, merci aux fans de m’avoir accueilli aussi chaleureusement. Ce n’est jamais facile quand on arrive en cours de saison et ils m’ont accepté comme si j’avais été là depuis le début, c’est vraiment sympa. Je vais continuer à travailler dur, à m’entraîner sérieusement et apporter toute mon intensité en match pour faire gagner l’équipe et j’espère les rendre fiers de leur équipe.

Interview réalisée par Cyril METEYER/MSB.FR

Le Mans Sarthe Basket

Rue Juan Manuel Fangio
72100 LE MANS
FRANCE

 

Accueil du lundi au vendredi
de 9h à 12h et de 14h à 18h

Tél : +33 (0)2 43 50 21 80
E-Mail : billetterie@msb.fr