A la rencontre d'Eric BARTECHEKY

Écrit par La Direction le .

Eric Bartéchéky était de passage au Mans la semaine dernière pour rencontrer le staff et prendre ses repères. Entre deux réunions de travail, il a pris le temps de répondre à nos nombreuses questions,

afin de mieux faire connaissance avec le nouveau coach du MSB mais aussi avec l'homme.

Pour ceux qui ne te connaissent pas encore bien, peux-tu te présenter ?
Je vais avoir 45 ans au mois de juillet et j'ai un petit garçon de bientôt 14 ans. J'ai commencé le basket en tant que joueur Espoirs à Châlons-en-Champagne, puis je me suis orienté assez tôt vers le coaching suite à une proposition du président de l'époque. Quand je suis arrivé en fin de ma dernière année Espoirs, à 21 ans, je m'entraînais avec le groupe Pros de Châlons, mais je n'avais pas le niveau pour faire une carrière professionnelle. Je suis donc allé jouer dans des niveaux intermédiaires – Nationale 2, Nationale 3 – dans la région. À 23 ans, le président m'a proposé de prendre le centre de formation de Châlons-en-Champagne. À cette époque-là, on pouvait associer cette fonction avec celle d'assistant-coach. J'ai donc commencé à 23 ans avec Alain Thinet qui était le coach principal, et c'est de là que tout est parti. Ça fait maintenant presque 23 ans que je fais ce métier : entraîneur Espoirs, assistant Pros et maintenant entraîneur principal depuis 5-6 ans.

DBC MSB BARTECHEKY de buste

Tu es natif de Châlons-en-Champagne, et tu as même joué à l'ESPE. Ça te fait quoi de voir le club en Pro A ?
Oui, je suis né à Châlons-en-Champagne. Quand je jouais, il y avait encore la rivalité entre Châlons et Reims, mais depuis, pour des raisons économiques, ils ont fusionné pour avoir un club de haut-niveau dans la région. Sinon je pense que ça n'aurait pas été possible, aucun des deux ne pouvant y arriver seul au niveau financier et évolution des structures. Ils sont montés en Pro A via une invitation. Mais pour moi c'est un peu différent. Ce n'est plus le même esprit que quand j'y étais avec deux clubs bien distincts.

Donc en fait, quand tu rencontres l'ESPE ce n'est pas comme rencontrer ton club formateur.
Oui, pas tout à fait. À chaque fois, cela a quand-même été particulier, parce qu'on a toujours joué à Châlons-en-Champagne et que je connais bien la salle. C'est là où j'ai joué quand j'étais plus jeune, mon lycée était juste à côté, donc ça fait toujours quelque chose, mais c'est vrai qu'au niveau de l'esprit club, ce n'est plus tout à fait pareil.

Qu'est-ce qui t'a amené au basket ?
Avant de faire du basket, je faisais du tennis de table. Comme tous les jeunes j'ai tâtonné un peu, j'ai essayé différents sports. J'ai fait un peu de foot mais ça ne m'a pas plu, et finalement j'ai préféré le tennis de table. Et puis, à l'occasion des vacances en camp d'été multisports, j'ai découvert le basket et j'ai eu envie de m'inscrire en club. J'ai commencé en Benjamins, et puis c'est parti comme ça.

Comment étais-tu comme joueur ?
Je jouais meneur de jeu. J'ai joué en Espoirs et avec les Pros au temps de Francis Charneux qui a coaché le club de Nationale 2 jusqu'au niveau pro. J'étais un meneur qui aimait bien marquer des points, qui aimait bien tirer, qui se donnait à fond... mais qui n'avait pas le niveau Pros. C'est pour ça que j'ai saisi la perche qu'on m'a tendue au niveau coaching, parce que j'avais bien compris que je n'avais pas le talent ni la capacité de pouvoir faire une carrière professionnelle.

eric bartecheky au Havre

Devenir entraîneur ça a donc plus été une question d'opportunité que d'envie ?
Une opportunité, mais j'étais aussi sensible à ce que j'avais vécu en tant qu'Espoirs avec Francis Charneux. Il n'entraîne plus maintenant et a en charge le syndicat des entraîneurs. Il était un travailleur passionné, avec son style à lui. Moi qui travaillais au quotidien sous sa houlette aux entraînements, ça m'avait un peu marqué sa façon d'exercer son métier, sa passion, et donc j'étais déjà sensibilisé à travers ça. Mais après, effectivement, c'est une opportunité venant du président de l'association, Jean Arnoux, qui malheureusement n'est plus là, qui m'avait suivi depuis les Benjamins jusqu'en Espoirs. Sans lui je n'aurais sans doute jamais évolué vers une carrière de coach.

Comment définirais-tu ton coaching ?
Je ne suis pas un gueulard. À chacun sa méthode et sa personnalité, mais je crois qu'aujourd'hui être là pour aboyer ça ne sert pas. J'essaye plus d'être à l'écoute des joueurs, comme beaucoup d'autres coachs font aussi maintenant, d'être plus dans le management d'un groupe constitué, de joueurs qui ont des qualités différentes pour optimiser le tout. Le but c'est d'être le plus efficace possible. J'essaye de ne pas être trop directif, de laisser de la liberté aux joueurs.

Tu n'as donc pas une vision d'un type de jeu particulier, tu es plus dans l'adaptation aux joueurs dont tu disposes ?
Effectivement, on acquiert des choses au fil des années dans sa vision du jeu en tant que coach, mais j'essaye surtout de m'adapter aux joueurs dont je dispose. Là, par exemple, je suis dans une étape de construction avec un effectif qui est déjà en partie en place, puisqu'il y a 5 joueurs qui étaient présents avant mon arrivée (3 qui étaient déjà sous contrat et 2 qui ont été recrutés). A présent, il faut que je complète ce groupe-là avec des joueurs ayant des profils bien particuliers pour que l'ensemble soit cohérent. Une fois qu'on aura tous les joueurs à disposition, il faudra alors voir pour utiliser leurs qualités au mieux et s'adapter à eux.

Eric bartécheky coach

Tu as la réputation d'un coach qui n'hésite pas à donner sa chance aux jeunes. C'est lié au fait d'avoir été entraîneur de Centre de Formation longtemps (8 ans) ?
Je ne sais pas trop si j'ai tant cette réputation que ça. J'ai quand-même aussi eu l'habitude ces dernières années de faire appel à des joueurs réputés et avec une certaine expérience. J'essaye aussi de mélanger avec des joueurs moins connus. Pour les jeunes, l'année dernière j'avais des joueurs qui avaient vraiment des qualités, Léo Cavalière et Elie Okobo. En plus, avec la coupe d'Europe on avait moins la pression pour les lancer, ce qui les a aguerris. Ils ont bien évolué, donc on n'a pas hésité à les lancer dans le championnat de France et ils ont tout de suite montré qu'ils avaient le niveau. Quand tu as des joueurs qui sont performants, il ne faut pas hésiter à les mettre sur le terrain.

Tu as commencé ta carrière avec une figure connue du basket manceau : Ernie Signars. Quels souvenirs en gardes-tu ?
En fait, j'ai commencé avec Alain Thinet et l'année suivante c'est Ernie qui est arrivé à sa place. J'ai donc travaillé un an avec quelqu'un que j'avais admiré en tant que joueur quand j'étais gamin. Je me rappelle même qu'il avait joué à Reims. C'est un très bon souvenir. J'ai eu la chance de travailler avec beaucoup d'entraîneurs différents et lui avait sa propre personnalité. C'était un ancien joueur pro, américain, et donc avec son propre style, très différent de ceux que j'ai pu connaître avec les autres entraîneurs.

Qu'est-ce qui a manqué au MSB l'année dernière ?
C'est difficile de parler d'une situation à laquelle je n'ai pas pris part. Dans le sport ça tient à peu de choses. L'équilibre d'une équipe c'est quelque chose de fragile. Une saison peut vite tourner dans un sens ou dans un autre pour pas grand-chose.

Pour l'équipe actuelle tu recherches encore un poste 1 et un 4 capable de s'écarter en priorité, plus un troisième à définir. Ce sont des postes-clé dans le basket moderne ?
Oui, mais chaque poste est important. L'axe 1-5 est très important aussi. Tout est important. Ce qu'il faut d'abord c'est avoir des joueurs de qualité à plusieurs postes, quels que soient ces postes. Ça dépend de l'organisation de départ, mais c'est surtout l'ensemble qui doit être cohérent, complémentaire et bien hiérarchisé. On ne peut pas avoir que des joueurs qui marquent des points, ou que des défenseurs. Il faut que tout ça soit harmonieux. Après on doit faire aussi avec les possibilités sur le marché des joueurs et les moyens financiers à disposition.

DBC MSB BARTECHEKY en Conf

Tu vas retrouver un joueur que tu connais bien : Wilfried Yeguete.
Will, je trouve qu'il a eu une très bonne première partie de saison. Il a vraiment été mis en avant. Il a été très, très bon, peut-être un peu à l'image de l'équipe. Sa deuxième partie a été un petit peu moins en vue, mais c'est un joueur qui a vraiment des qualités, qui a passé encore un niveau cette année, et j'espère qu'il sera au moins au même niveau la saison prochaine, et sur toute la durée de la saison.

Petr a été prêté à Levallois, mais tu as encore deux jeunes joueurs sous contrat, Antoine Wallez et Jonathan Jeanne. As-tu un projet pour eux ?
Ça fait partie des discussions que l'on a en ce moment sur la construction de l'équipe avec le président, avec Vincent Loriot et l'ensemble du staff. En fonction des intérêts des uns et des autres, des aléas que chacun peut rencontrer, on regarde ce qui est le mieux pour le club et pour chacun. Donc actuellement il n'y a rien de définitivement acté d'autant que pour Jonathan se rajoute son problème de santé.

Effectivement, as-tu suivi ce qui lui est arrivé ?
Bien sûr. C'est forcément douloureux pour lui. Quand on apprend ça, on est forcément peiné pour le joueur. Heureusement il a toute une cellule autour de lui, avec son agent. Il est bien encadré pour essayer de gérer au mieux cette situation. En tout cas j'espère que ça va s'arranger pour lui, parce que c'est terrible de voir ainsi le rêve d'un jeune se briser. J'espère qu'il pourra au moins continuer à jouer au meilleur niveau possible, au MSB, en France ou en Europe.

Si tu n'étais pas devenu entraîneur, qu'est-ce que tu aurais aimé faire ?
C'est une bonne question... et je n'en ai aucune idée ! (rires) En fait, de par mon parcours, je n'ai jamais eu l'occasion de ma poser la question. L'opportunité s'est présentée, et j'ai embrassé une carrière dans le coaching sans jamais avoir eu besoin de me demander ce que j'allais faire d'autre.

En dehors du basket, tu as des passions ?
J'aime bien faire du sport en général, même si j'ai moins eu l'occasion ces derniers temps. J'aime bien courir et jouer au squash. Sinon je m'intéresse beaucoup au vin et j'aime bien manger. J'aime bien aussi sortir, rencontrer du monde, voyager et apprendre des langues étrangères. Bon l'anglais je ne suis pas très bon, je suis même passé dans Quotidien (émission sur TMC) une séquence où on a pu admirer mon accent (rires). C'est vrai que quand on est tourné vers le coaching on est très occupé, on a la tête qu'à ça et on n'a pas trop le temps de faire autre chose. Quand j'étais assistant il y avait moins de pression et j'avais encore du temps, mais ça fait quelques années que j'y ai renoncé.

DBC MSB BARTECHEKY au siège

En parlant de bien manger, quel est ton plat préféré ?
Houlà, il y en a plein. J'adore le poisson, mais j'aime aussi beaucoup la viande. En fait il y a très peu de choses que je n'aime pas, et j'adore découvrir de nouvelles choses, les spécialités des différentes régions. Ma dernière expérience culinaire c'est quand je suis arrivé dans le Béarn il y a deux ans, et que j'ai pu tester les spécialités locales. Chaque région a ses spécialités, ses richesses et c'est quelque chose que j'aime découvrir. Au-delà de ça, j'aime aussi découvrir les personnes, c'est enrichissant. Pour revenir à la question, en fait je n'aime pas un plat en particulier. Je suis très curieux à ce niveau.

Et au niveau des vins ?
J'ai été éduqué par mon père qui est amateur de vin lui aussi, aux vins de Bordeaux. Mais depuis un moment j'ai pu goûter aussi aux vins de Bourgogne et c'est assez plaisant. Les vins du sud-ouest sont un peu plus fort. J'ai eu la chance d'être un peu guidé pour découvrir ces vins par des gens qui travaillent très, très bien, et qui font des vins avec des arômes qui sont assez fins et c'était agréable à découvrir.

Pour revenir au sport, quel est ton plus beau souvenir sportif ?
Y'en a plein, mais je dirai les années au Havre où c'était difficile de se maintenir avec le plus petit budget. Ce n'est pas seulement moi, d'autres entraîneurs ont réussi ce défi au Havre aussi pendant 14 ans. C'est une expérience, parce que c'est la récompense d'un groupe face à un défi à relever. Dernièrement il y a eu aussi à Pau les matchs devant une salle remplie à 7 000 - 8 000 personnes, le classico avec Limoges. En tant que coach je n'avais jamais coaché dans des salles avec une ambiance pareille.

Et le pire ?
En tant que coach je n'ai pas connu tant de déceptions que ça. Cette année on a gagné juste un match en play-offs... Si je devais dire quelque chose ça serait sans doute de ne pas avoir gagné une série de quart de finale, pour le moment. J'aimerais bien déjà jouer une demi-finale, voire plus...

C'est pour cela que tu es venu au Mans ? Plus de possibilités de pouvoir aller plus loin ?
Non, parce qu'on ne sait pas du tout ce que ça va donner l'année prochaine. Je pars toujours du principe que le plus dur est toujours devant. Ce n'est pas ça qui m'a fait venir au Mans, c'est un ensemble de choses qui m'a fait réfléchir et qui m'a fait saisir cette opportunité. La situation était un peu compliquée parce qu'il me restait une année de contrat à Pau. Il a fallu passer cette étape-là. À partir du moment où j'ai eu la possibilité de rejoindre Le Mans, ça m'a fait réfléchir, j'ai intégré beaucoup de choses dans ma réflexion et j'en suis arrivé à la conclusion que j'avais envie de venir ici.

Si tu étais un animal ?
Un Lion. En plus c'est aussi mon signe astrologique et l'emblème du MSB.

Si tu pouvais avoir un superpouvoir ?
En fait je n'aimerais pas en avoir un. Ça ne doit pas être marrant.

Une chanson préférée ?
J'en ai plein. Une chanson de Bob Dylan : Knockin' on Heaven's Door.

Un film préféré ?
Je ne suis pas un grand cinéphile. En fait je n'ai pas trop le temps de regarder, je regarde trop de vidéos sur le basket !

Un livre préféré peut-être ?
Success is a choice de Rick Pitino.

Un endroit préféré ?
Je n'ai pas d'endroit particulier, mais j'aime bien le bord de mer.

Ta plus grande qualité ?
Franchement je ne sais pas, il faudrait demander aux autres, à ceux qui me connaissent. J'aurais du mal à m'en octroyer une. Je pense que j'en ai hein, mais je ne me vois pas m'en attribuer une spécialement.

Et ton plus gros défaut ?
Je suis impatient. J'essaye de travailler là-dessus.

DBC MSB BARTECHEKY à Antarès avec Pau

Les joueurs ont souvent un rituel d'avant-match. Et toi tu en as ?
Oui. Je reste dans le vestiaire et je ne viens que 15 minutes avant le début de la rencontre. Je me mets vraiment en situation comme si je devais rentrer dans une arène avant un combat.

Tu sais qu'Antarès n'a pas la réputation d'être la salle le plus chaude de France ?
Oui, je sais que le public du Mans est un public de connaisseurs, différent de ce que j'ai connu. Mais j'espère qu'on sera capable de produire du jeu. Le but premier, c'est de gagner des matchs, mais si on peut en plus produire du jeu, j'espère que les gens viendront à la salle et nous soutiendront, ça sera alors un pari réussi.

Est-ce que tu as un dernier message pour les supporters du MSB ?
Leur soutien est hyper-important pour les joueurs. Jouer dans une salle pleine, dans une salle qui a une histoire et qui soutient ses joueurs dans toutes les circonstances, ça ne peut que les transcender pour donner le meilleur d'eux-mêmes et obtenir le maximum de victoires. Je ne sais pas si tous les supporters ont conscience de ça, mais c'est une réalité pour les joueurs.

Interview réalisée par Cyril Météyer/MSB.FR

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